Football et politique : Enjeux en jeu

01 يوليو, 2014 09:00 ص

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Le contenu de la lettre de Dilma Roussef destinée au monde à la veille du Mondial brésilien, ressemble beaucoup aux prières de Desmond Tutu en 2010. Tutu, qui joignait sa voix à celles de Mandela et Deklerk, se réjouissait de l’occasion offerte par l’organisation de la Coupe du monde de football pour la réconciliation des peuples de l’Afrique du Sud.

Contrairement au prêtre nobélisé, la présidente brésilienne n’ignore pas que la FIFA, le puissant Etat-football, réédite au Brésil le scénario sud-africain, c’est-à-dire qu’elle conclut, au-delà des joutes sportives, une opération commerciale et engrange des bénéfices à onze chiffres, au détriment des ouvriers locaux. D’où ce mouvement de contestation qui secoue le pays carioca avant et pendant le Mondial, revendiquant l’annulation pure et simple du rendez-vous.

La nation auriverde, qui ne souffre aucun soupçon sur son amour du football, refuse d’avaler la pilule du spectacle pour satisfaire les ambitions économiques et politiques des uns et des autres. Ce sont là des enjeux nés autour du sport en général et du football en particulier, étant le jeu le plus populaire et le plus médiatique. Depuis son adoption par la population mondiale, le football a pris une place centrale dans les sphères sociale, économique et symbolique. Il est devenu, par conséquent, un levier rentable pour les pouvoirs politiques et le capitalisme mondial.

De l’arène politique au terrain de foot, les rapports conflictuels entre nations ont toujours joué les prolongations. Entre l’Angleterre et l’Argentine, la bataille autour des îles Malouines se joue aussi sous les crampons. En 1986, «la main de Dieu» sonnait comme une revanche des Argentins face au Royaume-Uni, lequel avait déployé ses troupes sur les îles. L’histoire est marquée aussi par des incidents dramatiques. Lors des éliminatoires de la Coupe du monde 1970, le Salvador bat le Honduras par un score de 3 à 2 et en profite pour envahir le pays adversaire afin de régler un vieux litige autour de la frontière commune. «La guerre du football» fera 2000 morts.

Les enjeux politiques internes sont aussi prétexte à employer les rendez-vous footballistiques et à manipuler les populations. Récemment en France, François Hollande, en perte de popularité, n’a pas hésité à exploiter à son profit la qualification des Bleus. Une manœuvre qui a déchaîné les réactions de ses rivaux de l’UMP. Avant lui, Chirac et Sarkozy avaient agi de la sorte. Ce dernier a tout fait, en 2010, pour que son pays soit désigné pour accueillir l’Euro-2016. Un moyen, selon lui, de faire oublier le poids de la crise traversée par la France. «Qu’est-ce qu’il y a de plus fort que le sport et, à l’intérieur du sport, qu’est-ce qu’il y a de plus fort que le football ? (…) C’est une décision pour nous stratégique qui engage tout le pays face à la crise», avait-il déclaré.

Jusqu’à quel point Omdurman est-elle la cause de la chute du régime égyptien ? Moubarak et ses deux fils avaient misé gros sur la victoire et la qualification au Mondial 2010 afin de faire passer la pilule de l’héritage. Mais la canonnade de Antar Yahia a vite transformé le rêve en cauchemar. En 90 minutes, le sort du dictateur fut scellé, estiment des analystes égyptiens. La Berezina avait enclenché le compte à rebours. Mais si les Fennecs avaient perdu ce match, qu’en serait-il du pouvoir de Bouteflika aujourd’hui ? Aurait-il échappé au vent du Printemps arabe ? En Algérie, les gouvernants ont toujours su tirer profit de la passion démesurée vouée par les Algériens au sport-roi. Les gradins des grands clubs sont mis au service du pouvoir.

Jusqu’à quel point Omdurman est-elle la cause de la chute du régime égyptien ? Moubarak et ses deux fils avaient misé gros sur la victoire et la qualification au Mondial 2010 afin de faire passer la pilule de l’héritage. Mais la canonnade de Antar Yahia a vite transformé le rêve en cauchemar. En 90 minutes, le sort du dictateur fut scellé, estiment des analystes égyptiens. La Berezina avait enclenché le compte à rebours.

Depuis les années 1990, les comités de supporters sont travaillés par les relais du gouvernement en contrepartie de financements généreux pour les clubs, l’impunité pour les responsables corrompus et une indulgence vis-à-vis des dépassements des fans dans l’espace public. Les patrons de club fréquentent les officines officielles et n’hésitent pas à afficher leur soutien actif au pouvoir lors des rendez-vous électoraux.

On a vu des commentateurs de football devenir députés et des présidents de club promus personnalités nationales. En Algérie comme ailleurs, le football est utilisé pour distraire le peuple et le maintenir à l’écart de la politique, à son insu. En 2010, sur instruction de Bouteflika, l’Etat avait subventionné les cartes d’abonnement satellite achetées auprès d’une firme internationale pour permettre aux Algériens de regarder le Mondial et ne pas les fâcher. Les Algériens peuvent fermer l’œil sur le viol de la Constitution, mais ne tolèrent pas qu’on les prive de rêver devant un poste télé.

Auteur de l’ouvrage Terrain miné, le journaliste sportif Cherif Ghemmour n’aime pas l’idée que le foot soit considéré comme le nouvel opium du peuple. «Prétendre que la passion foot endort le citoyen et le rend passif politiquement, c’est méprisant pour le peuple… Je répète que les stades sont souvent et plus que jamais des lieux de contestation. Que le public du foot n’approuve pas vraiment les dérives du foot-business : prix élevé des places, cherté des abonnements TV ou salaires mirobolants des footballeurs», déclarait-il dans une interview accordée à Pascale Boniface.

Ce dernier, auteur d’un ouvrage intitulé Football et mondialisation, estime lui aussi que les stades de football ont toujours été des lieux où les opposants aux régimes totalitaires expriment librement leurs pensées. La défaite des Moubarak conforte ce point de vue. Les foules sont imprévisibles ; les instrumentaliser est une arme à double tranchant.

A l’heure du Mondial brésilien, un autre pays, hôte du Mondial 2022, fait le buzz. Les spécialistes s’interrogent : s’achemine-t-on vers l’annulation du Mondial qatari ? L’idée d’accueillir l’événement en Arabie avait enthousiasmé les peuples arabes et musulmans, dès l’annonce par la FIFA de sa décision. Mais depuis plus d’une année, ce choix est rattrapé par les relents persistants d’un scandale de corruption et de «l’achat» par le Qatar de voix au sein de la FIFA. Des personnalités du monde du football, à l’image de Michel Platini, actuel patron de la Fédération européenne de football, sont éclaboussées par les soupçons.

Récemment, le puissant patron de la FIFA, Sepp Blatter, a même été amené à déclarer que ce choix peut être remis en cause. Une enquête a même été déclenchée. Si les soupçons sont confirmés, on peut conclure que les agissements du Qatar obéissent à sa stratégie de positionnement dans l’échiquier international. Le tout petit royaume a réussi en une décennie à obtenir le respect des grandes puissances et même à jouer un rôle actif dans ce qui est qualifié de Printemps arabe, notamment en Libye.

Avec son influent groupe médiatique Al Jazeera et la stratégie d’investissement dans les capitales occidentales, touchées par la crise économique et le rachat ou sponsoring de grands clubs européens de football (comme le FC Barcelone), le Qatar est passé de l’anonymat total au cercle des pays riches les plus médiatisés. Al Jazeera, connaissant l’attachement fanatique des peuples arabes pour le football, a investi dans le sentiment en créant une série de chaînes télé dédiées au jeu, avant de jouir du monopole sur la retransmission des championnats les plus prestigieux.

Si les soupçons sont confirmés, le royaume qatari n’aura fait que ce que d’autres ont fait avant lui. Le foot est plus que jamais un instrument de manipulation de l’opinion publique, une arme de domination économique entre les mains d’apprentis-sorciers et de spin doctors manœuvrant sur des échiquiers supra sportifs.

مصدر: elwatan.com

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