Les spasmes d’une ville qui refuse de mourir

24 يونيو, 2014 09:00 ص

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L’unique association culturelle de cette agglomération se débrouille avec le peu de moyens dont elle dispose, et tente d’activer en dépit de toutes les difficultés.

Plane et repliée sur un grand boulevard, la ville d’Ouled Sellam, 60 km au nord-ouest de Batna, nous accueille sous un soleil de plomb pour une activité culturelle organisée par l’association «Fennec». Il s’agit d’une grande première dans la ville, comme l’explique, Mouloud Âdouan, un jeune membre actif de l’association, dans un lieu où rien ne se passe et où, tout est à l’arrêt. «Journées pour le patrimoine traditionnel» est le thème choisi par les membres de l’association pour leur activité.

Au programme : une exposition d’outillage traditionnel de toutes sortes, de tableaux artistiques, de bijoux en argent, une projection d’un film documentaire sur le patrimoine Amazigh, et pour la clôture un concert musical exclusivement animé par Jimi Amazigh, une vedette locale. Notre jeune guide nous a raconté les péripéties entreprises rien que pour meubler quelques tables d’outils traditionnels. «Nous avons fait le tour de la région (plus de 150 km) pour rassembler tout ça et nous n’avons pas hésité à faire du porte à porte», a-t-il raconté. Parmi les citoyens, personne n’a refusé d’apporter son aide à l’association, tels Salah Mesaâdia, et Ahmed Khemari, respectivement artiste-peintre et plasticien, qui étaient plus qu’heureux d’exposer à Ouled Sellam.

Eux, qui d’habitude sillonnent l’Europe avec leurs œuvres. Contre toute attente, à l’ouverture des festivités, plus de 200 personnes étaient présentes, venues de toutes les communes voisines et mêmes de la ville de Batna. Tous étaient ravis d’être là, heureux et même rayonnants. Ils étaient présents par solidarité culturelle, peu importera la taille de l’évènement, aussi rudimentaire soit-il. On est là pour que la commune d’Ouled Sellam ne succombe pas à la fatalité de l’oisiveté, tueuse de jeunesse.

On est là aussi pour faire revivre cette région. Il faut dire que ces jeunes militants de la culture Amazigh, ne disposent d’aucune aide de la part de l’APC d’Ouled Sellam, bien au contraire, comme le raconte Mouloud. «Nous sommes l’unique association culturelle dans la commune et nous ne disposons ni de local, ni d’aide financière. On se débrouille comme on peut. On subit de plein fouet les luttes internes auxquelles s’adonnent les élus locaux autour du pouvoir», a-t-il dénoncé, avant d’ajouter que «nous subissons beaucoup de pression de la part de l’APC pour nous empêcher d’activer. C’est du vrai sabotage. Pour avoir un endroit pour notre activité on a dû faire appel à la direction de l’éducation», dira-t-il. La commune compte 22 000 habitants, avec une majorité écrasante de jeunes.

Ils ne disposent de presque aucune structure de jeunesse. Pas de maison de culture ni de maison de jeunes ; uniquement un local appartenant à l’APC qui en porte le nom. Muni simplement de chaises et de tables, celui-ci sert de local aux scouts. D’ailleurs ce sont ces derniers qui chapeautent administrativement l’association. Dans la majorité des cas, le destin d’un enfant de la commune est scellé. «Casquette (les corps constitués ndlr) où maçon», nous dit Mouloud, sinon c’est le dépérissement. Face à une telle situation, il est plus qu’absurde que la commune ne soit pourvue que d’une annexe de formation professionnelle, qui propose, parmi un choix très limité, une formation pour couturières.

Autre fait surprenant : il n’y a pas d’homogénéité dans les services proposés aux citoyens. Chaque secteur dépend d’une région voisine différente. La polyclinique et la Protection civile dépendent de Ain Djasser, le siège de la daïra se trouve à 50 km. C’est le cas aussi pour la SDE. La Gendarmerie, elle, dépend de Merouana. Pour tout prêt bancaire à visée agricole, c’est à N’Gaous qu’il faut s’adresser. En outre, bien qu’un bureau de poste soit ouvert, il ne sert presque à rien et ce, selon les citoyens interrogés, pour cause d’indisponibilité de liquidités dans la majorité des cas.

On se déplace alors à Beydha Bordj à 15 km, où à Merouana à 20 km, pour une simple transaction, comme le retrait des salaires. Pour sa part, le secteur de la santé souffre de beaucoup de problèmes, comme le dénonce Mouloud, qui s’avère être aussi infirmier. Selon lui, la polyclinique d’Ouled Sellam n’arrive pas à assurer la couverture sanitaire de la région. Au-delà de l’absentéisme récurrent des médecins, il y a eu, par le passé beaucoup d’incidents. A titre d’exemple, il y a eu 5 décès la même journée pour cause de chute dans un puits.

Les victimes sont tous mortes asphyxiées par les émanations du gaz dégagé par la pompe dudit puits. Une femme enceinte, sur le point d’accoucher, est décédée également parce qu’elle n’a pas bénéficié, selon notre interlocuteur, des soins nécessaires. Plus récemment, le même établissement a fait parler de lui dans les médias pour avoir jeté des déchets médicaux dans un dépotoir public. Sur place, on a rencontré un médecin de garde. Ce dernier n’a pas souhaité exprimer son avis sur ces faits. La commune d’Ouled Sellam est complètement délaissée par les autorités. Mais ses jeunes luttent et refusent de baisser les bras. Ils se battent et comptent bien redonner à leur ville un semblant de vie, même si tout est fait pour les en empêcher.

مصدر: elwatan.com

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