«Les yeux du monde seront braqués sur l’Algérie»

30 يونيو, 2014 09:00 ص

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Yvan Gastaut, universitaire, a consacré une grande partie de ses recherches à la question du football. Il est l’auteur d’ouvrages sur ce thème dont Une histoire politique des Coupes du monde, Paris, Vuibert, 2006, ou Le métissage par le foot, l’intégration mais jusqu’où, Paris, Autrement, 2008.

- C’était assez inattendu cette qualification de l’Algérie aux huitièmes, un petit Poucet...

L’Algérie, à travers le football, on voit bien qu’il y a des enjeux de reconnaissance, de mise en valeur. On le voit aussi pour la Colombie qui a été qualifiée. C’est une fierté nationale. Pour l’Algérie, cela prend une dimension totalement originale, dans le cadre des liens entre l’Algérie et la France, pour ce qui est de ce côté-ci de la Méditerranée, puisque l’équipe algérienne est composée en partie de joueurs qui évoluent en France. L’Algérie est une nation sportive. On avait déjà pu le voir dans de précédents épisodes, comme la qualification pour le Mondial contre l’Egypte, ou l’épisode de 1982. Elle avait brillé mais faute de chance elle n’avait pas pu aller plus loin que la première phase. Là, 2014 est un nouveau moment fort, tout cela dans la construction d’un récit national algérien dans lequel le foot est un moyen fort pour affirmer le patriotisme. D’autre part, il y a aussi ce mix franco-algérien. Je mets en parallèle l’équipe de France et je me dis que peut-être les deux équipes se qualifieront en quart de finale et s’y retrouveront. On pourrait l’envisager comme une sorte de fête car il y a des joueurs d’origine algérienne dans l’équipe de France et des binationaux dans l’équipe d’Algérie. Visiblement en France les deux équipes sont suivies avec attention.

- N’y a-t-il pas hypocrisie de l’extrême droite française qui instrumentalise les débordements alors qu’elle s’appuie elle-même sur les skinheads et autres hooligans qui sont de son bord ?

Le risque de l’instrumentalisation des débordements ne provient pas uniquement de l’extrême droite. Le hooliganisme existe, bien sûr, on le voit à Paris Saint-Germain, ou en soutien de certaines équipes nationales comme la Serbie, ou les Anglais. Dans le football, il y a des débordements déplorables qu’il s’agit de régler. Ces personnes-là ne sont pas les vrais supporters du football. Il est nécessaire de faire ce distinguo. En 1998, en France il y a eu de multiples atteintes à l’ordre public et cela ne concernait pas l’Algérie, mais la France championne du monde. Il n’y pas de spécificité d’un hooliganisme algérien, si on peut parler ainsi, en France. Mais il est vrai que l’extrême droite y puise une partie de son potentiel raciste froid et lourd. Le danger est l’amalgame. Dans un certain discours politique, il y a la volonté de considérer que, si l’Algérie gagne et avance plus loin dans la compétition, la France serait en crise et qu’il y aurait des banlieues qui flamberaient. Il faut absolument contrecarrer ce catastrophisme qui n’est pas du tout le reflet de la réalité. On ne nie pas les débordements mais il s’agit de les appréhender avec mesure.

- Peut-être aussi la crainte est-elle dans ces milliers d’Algériens qui descendent dans les rues des grandes villes, manifestant en famille leur joie, ce que l’on ne voit pas après les victoires françaises ?

C’est vrai que cela renvoie à la ferveur que suscite l’équipe d’Algérie dans l’immigration algérienne, une ferveur sympathique et recevable. Cela s’explique, bien sûr, par le fait que cette équipe reste le petit Poucet. Dans l’échiquier mondial, cela ne peut qu’exalter la mobilisation. On l’a vu à chaque fois que l’Algérie est marquée par un enjeu. Cela ne fait qu’attester le poids du football, ce n’est pas nouveau, cette passion est inhérente au peuple algérien et cela ne peut que réjouir les amateurs de football de voir une équipe en phase avec son public, familles, parents, grands-parents, enfants, c’est la fête. C’est aussi une ambiance de pression. La qualification a été vécue comme une délivrance après la tension comme s’il s’agissait d’exister à travers le foot et ça s’est véritablement imprégné dans le tournoi car on voit que l’enjeu de rencontrer des grandes nations est exaltant.

D’abord, c’est sûr, c’est la revanche de 1982. Le rapport au passé est primordial avec pourquoi pas une qualification à la clé face à une superbe équipe d’Allemagne. L’Algérie va avoir sur elle les yeux braqués de tous les amateurs de football du monde. Si les joueurs algériens arrivent à battre les Allemands ce sera un exploit mondial, et là, la dimension sort du cadre sportif. Dans ce cas, un match France-Algérie en quart de finale serait l’apothéose.

مصدر: elwatan.com

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